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Paysage du handicap français, la fatalité se justifie-t-elle ?

Je ne sais pas si vous avez remarqué, lorsque vous abordez la situation des personnes handicapées en France, vos connaissances se montrent souvent embarrassées. D’autres vous répondent : « Ah oui, pour les handicapés, que voulez-vous, c’est comme ça » ou alors : « La situation est comme elle est, on n’y peut rien ». A en croire vos connaissances, les personnes qui vivent avec le handicap seraient condamnées à la fatalité ? Nous n’y pouvons vraiment rien ? Pas sûr, nous y reviendrons.

Souvent, les personnes que vous rencontrez (famille, amis, collègues, autres), ne sont pas en lien avec l’univers du handicap. Sans vouloir critiquer votre entourage, sachez que la plupart de vos connaissances ont une approche très superficielle du handicap. Au mieux, ceux que vous connaissez ont une vision du handicap qui se limite « à la personne âgée qui se déplace difficilement » ou « au voisin qui n’entend plus très bien ». Les personnes de votre entourage qui sont au contact de personnes vivant avec le handicap, apportent des réponses plus claires et plus concrètes. Leurs propos peuvent aussi être teintés du discours véhiculé par certaines associations.

Depuis l’avènement de la Loi 2005 sur le handicap, cette histoire de fatalité ambiante en agace plus d’un(e), à plus forte raison que cette loi n’a pas apporté les réponses qu’attendent les personnes vivant avec le handicap ainsi que la société dans son ensemble. Nous savons que cet agacement continuera à s’amplifier si les solutions (approuvées par tous) tardent à venir.

Rappelons ce qu’est la fatalité.

Afin de clarifier les choses, précisons ce qu’est la fatalité. Il s’agit d’un événement ou une action dont le caractère est inévitable. Nous serions au XVIIème ou au XVIIIème siècle, nous pourrions admettre que le handicap soit soumis à la fatalité, de par le sentiment d’impuissance et aussi l’absence de moyens disponibles à cette époque. Aujourd’hui, nous avons passé le XXIème siècle. A l’heure d’Internet, de notre société qui communique à la vitesse de la lumière, la fatalité ambiante se justifie-t-elle encore dans le monde du handicap ? Nous en doutons fortement.

Quel type de fatalité sous-tend la situation de la population handicapée ? Une fatalité de moyens ? Avec tout ce que l’homme d’aujourd’hui invente, conçoit ou fabrique, vous croyez que c’est crédible ? Cela fait plusieurs décennies qu’existent les fauteuils roulants, les prothèses auditives, les aménagements pour conduire les véhicules, les lunettes, la Langue des Signes ou l’écriture Braille. Il est vrai que certains dispositifs sont soit, mal distribués, soit trop coûteux, soit, peu remboursés. A noter que certains dispositifs sont soumis à des démarches dont la complexité incite parfois à jeter l’éponge. Serait-ce une fatalité humaine ? Avec un pays qui compte quelques grandes associations relevant du champ du handicap, ainsi qu’une multitude de petites associations agissant au plan local (classes pour jeunes autistes…), les moyens humains ne manquent pas. Cette fatalité ambiante est-elle un simple paravent, une option laissée par défaut ?

Comment en est-on arrivés là ?

Nous savons que cette situation n’est pas le fruit du hasard. Rappelez-vous ce qui s’est passé juste avant l’été de 1975. Oui, vous avez deviné, une loi votée à-la-va-vite, juste avant de partir en vacances. A cette époque, qui connaissait la finalité de cette loi ? Pas grand monde. Le peuple, quant à lui, était laissé dans l’ignorance. Cette loi avait pour seule finalité d’instaurer un marché de l’aide au handicap. C’est beau le progrès quand on ne consulte pas la population concernée. Cela me fait penser au type qui a pour voisinage, un chenil. Excédé par les aboiements des canidés, il pense trouver la solution, en allant déverser un seau d’étrons à la devanture du chenil. Ce genre d’idée soulage à court terme mais, à long terme, la situation n’est toujours pas réglée.

Cette situation trouvera-t-elle une issue ? Cela restera difficile tant que nos cravatés-carrément-à-l’ouest, exigeront du peuple français, les efforts qu’ils rechignent à fournir depuis de nombreuses années. Nous savons également que le paradigme basé sur le marché de l’aide au handicap est de moins en moins tenable. Ce paradigme est devenu, au fil du temps, inadapté aux aspirations actuelles de la population handicapée. De plus, la situation des personnes vivant avec le handicap fait face à une urgence qui va en s’amplifiant et qui ne peut être continuellement repoussée.

Pour conclure, nous estimons que cette fatalité ambiante a suffisamment duré. Cette situation prétendument immuable se justifie-t-elle encore de nos jours ? D’autant qu’elle ne repose sur aucun élément tangible. Et les politiciens français, qu’ont-ils fait pendant des décennies ? Ils ont tout misé sur le marché de l’aide au handicap, présentant cette option comme étant la seule valable. Ils ont également délaissé un volet essentiel, l’éducation de notre population à la réalité du handicap. Songez qu’en Europe, la France est le dernier pays à ne pas s’être engagé sur cette voie. Cette immobilité apparente nous conduira vers une impasse. Il est temps de passer à autre chose.

Christophe LAUNAY.

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