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Après l’épidémie, rebondissons et soyons inventifs.

Dans l’article qui va suivre, le paragraphe en fond bleu et arborant une marge gauche, évoque des faits purement fictifs. Ces faits prennent ici l’aspect d’une hypothèse. Ils ne sont pas rattachés à l’évolution passée et présente de l’épidémie du coronavirus.

A mesure que les jours passent, la période du confinement s’éloigne un peu plus de nous. Cependant, les mesures sanitaires contre le coronavirus, bien qu’elles soient moins strictes, sont toujours en vigueur. Ces mesures vont perdurer encore quelques mois.
Revenons en mars, lorsque le président de la République Emmanuel Macron a évoqué les mesures sanitaires que nous avons connu. Il avait indiqué la fermeture des écoles, des cinémas et autres lieux à usage collectif. Quelques jours plus tard, il annonce les mesures liées au confinement.
Vu ce qui allait être annoncé et l’état d’esprit à courte vue de nos chers tribuns, il y avait de quoi s’attendre au pire, dans le genre gros bâclage, digne d’une classe de primaire dissipée. Durant la période du confinement, les sondages montraient que 35 % des français étaient satisfaits de l’action du gouvernement. Là, il faut vraiment être difficile, lorsqu’on voit l’attitude de certains pays qui ont mis leur population en péril. Reconnaissons que l’action des politiques français n’est pas parfaite loin s’en faut. La France a pris une direction qui était la moins pire, à quelques hésitations près. Je précise que je suis plutôt critique face aux actions du gouvernement mais force est de constater qu’il a agi au mieux. Devant l’ampleur de cette crise, le seul mot d’ordre à suivre est de faire bloc contre cet infâme virus, tout en laissant de côté nos rancoeurs politiques respectives.

Imaginez maintenant ce qui se serait passé si le gouvernement avait agi avec l’attitude qui fut la sienne au moment d’instaurer les lois sur le handicap, de 1975 et 2005.
Il va sans dire que le président se serait exprimé au compte-gouttes, que les mesures auraient tardé à venir, jusqu’à saturer les hôpitaux voire, installer des lits sur… des terrains de football, que la question des masques ne serait toujours pas tranchée. Quant au manque de respirateurs, n’en parlons pas.
Et la population, aurait-elle vu venir le Covid-19 ? Pas sûr. Quelques mois plus tard, que se serait-il passé ? L’hypothèse la plus probable aurait été que 95 % de la population se serait retrouvée… dans les hôpitaux. Quant aux personnes décédées, le dénombrement serait devenu incalculable.
Moralité, avec l’état d’esprit au moment de voter les lois de 1975 et 2005, nous nous serions retrouvés avec un pays vraiment laminé.

Certains vont me dire que le nombre de personnes handicapées est moins important que celui de personnes atteintes du coronavirus. Je leur répondrai : « Qu’en savez-vous ? ». Rappelons qu’au 11 mai, le nombre de victimes du coronavirus s’élevait à environ 26 000 personnes. Rien à voir avec les 8 à 10 millions de personnes vivant avec le handicap dans ce pays. La crise qui est encore face à nous montre bien que les actions politiques doivent s’adresser à tous, y compris les personnes les plus fragiles et non à brandir des mesurettes visant à isoler trois pelés et un tondu, à l’image des restes de viande donnés aux chiens.

Pendant que la plupart d’entre nous vivaient confinés, des milliers de personnes se sont retroussé les manches. Qui n’a pas entendu parler de ces sociétés qui se sont regroupées pour fabriquer des respirateurs (la 2 CV du respirateur ??), des fabricants de textile qui se sont lancés dans la fabrication de masques. D’autres sociétés se sont mises à produire du gel hydroalcoolique. N’oublions pas les soignants qui étaient (et sont encore) sur le pont pour sauver des vies. D’autres personnes se sont mobilisées pour maintenir une activité dans le pays, par exemple, les agriculteurs, les employés de l’alimentaire, les facteurs et livreurs ainsi que tous les services essentiels, qui ont pu recourir au télétravail.
Nous avons également assisté à différentes initiatives citoyennes, telles que les élans de reconnaissance adressés aux soignants, l’aide apportée aux personnes âgées, handicapées ou isolées, notamment pour les courses mais aussi parfois pour les actes de la vie quotidienne. D’autres personnes se sont aussi investies dans la confection de masques en tissu pour leurs proches, quand certains ont mis à profit leurs talents artistiques, pour égayer cette période difficile. Parmi ces talents, se sont glissées quelques personnes handicapées, qui sait ?

Cette période de confinement a montré que notre pays n’est pas resté les bras croisés face à l’épidémie. Elle a permis de dégager deux atouts de la population française : la capacité de rebondir et l’inventivité. A l’avenir, il serait bien que ces deux valeurs se pérennisent dans le temps. Cela redonnerait de l’élan à notre pays et, surtout, de repenser son modèle social.
Parmi les idées nouvelles, proposer du télétravail pour les personnes handicapées. L’idée n’est pas mauvaise quant on connaît le taux d’équipement multimédia (acquis ou emprunté), plus important chez les personnes handicapées que dans le reste de la population. Autre idée, proposer des respirateurs compacts, pouvant s’intégrer discrètement sur les fauteuils des personnes myopathes.
La période de confinement a aussi permis à des personnes handicapées de réfléchir au sens à donner à leur existence. D’autres ont été témoins ou acteurs d’initiatives liées à l’entraide, qui ont suscité chez ces personnes différentes vocations : aider leurs proches ou voisins à se servir des outils numériques, faire des petites réparations domestiques, aider des enfants pour les cours, apprendre à utiliser des produits d’entretien alternatifs. Ces différentes idées permettraient d’inscrire les personnes vivant avec le handicap dans une logique de co-construction ou de co-développement, au sein d’équipes (ou de fablabs) axées sur l’environnement, l’aide à la personne ou le numérique.
Autre point, pourquoi ne pas simplifier certaines démarches administratives par visio-conférence ? (le temps que les Mdph sortent des années 70 et apprennent à utiliser S...pe ou W...app*, sans commentaire).

La situation inédite que nous avons vécue ces derniers mois, a montré que notre pays n’est pas aussi individualiste que ce que pouvaient nous montrer certains médias friands d’images chocs et de titres aussi percutants qu’arbitraires. Notre pays a su s’adapter aux mesures sanitaires. Il a su montrer son inventivité, tant pour les savoir-faire que pour les actions citoyennes. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus agir par le « toujours plus » et la fuite en avant. Il est temps maintenant d’aller vers un autre modèle social, plus respectueux de l’environnement, des populations, y compris les plus fragiles. Plus que jamais, notre société doit bannir l’arrogance et les gargantuesques appétits financiers, afin de laisser plus de place à ceux qui, depuis trop longtemps, sont restés dans l’ombre.

* Exister c'est permis n'est en aucune manière lié à Wikipédia ni à ces deux services de visioconférence.

Christophe LAUNAY.

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